Entretien avec Thomas Levet : Deuxième partie

Par le 22 novembre 2011
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Nous nous quittions la semaine dernière à l’évocation des noms d’oiseau que pouvait donner Thomas à son putter … voici la suite !

La mode des bellys putters est-elle vraiment aussi moche qu’efficace ?

Ils sont assez moches, c’est vrai, mais pas plus efficaces ! On a vu lors des derniers tournois de l’année que les joueurs se battaient pour en avoir un, mais ceux qui en possédaient tremblaient autant que les autres ! Ce n’est pas un long putter qui va te faire rentrer plus de putts, et je pense que c’est une mode qui va s’arrêter assez vite.

Plus généralement, quel est ton avis face aux évolutions sur le matériel que tu observes depuis que tu es sur le circuit ?

Cela fait 23 ans que je suis sur le circuit. Le problème qui se pose, c’est que l’on a de plus en plus le droit à l’erreur. Je m’explique :

  • Quand j’ai commencé, le shaft de mon driver mesurait 43,5 pouces. 44” c’était déjà très long, mais maintenant, les joueurs prennent du 45” voire du 46”… et quand tu passes de 43,5” à 45”, ça fait déjà une bonne dizaine de mètres de plus.
  • On a des balles qui sont de plus en plus dures et qui volent de plus en plus droit; des clubs de plus en plus technologiques, les hybrides notamment : avant, tu avais avant un coup de 180m dans un rough, et bien avec ton fer2, ça ne passait pas… maintenant, les organisateurs mettent plus de rough, mais ça passe quand même au travers !
  • Avec l’évolution des shafts, et du graphite notamment, on joue des manches qui pèsent entre 50g et 80g pour les joueurs. Quand j’ai commencé, je jouais avec des Dynamic Gold en acier qui pesaient 135g ! Donc forcément, un club qui est plus lourd ira moins vite, et la balle moins loin. Et concernant le volume des têtes : il y 15 ans, un driver Wilson était sorti, et faisait deux fois la taille des têtes de l’époque, tout le monde trouvait çà complètement dément … et bien il était plus petit que ceux qui sont actuellement acceptés comme la norme. On a dû quadrupler la surface de frappe depuis ce temps !

Faut-il donc réfléchir à une adaptation du matériel ?

Il y a bien les stries carrées sur les fers qui ont été interdites par les instances du golf. Mais une fois encore, il y a eu tellement d’évolutions technologiques qu’au final çà n’a rien changé du tout au jeu. Et concernant les putters longs, ils pourraient également être enlevés des matériels autorisés…

En additionnant tous ces facteurs : on frappe plus loin, et on a droit à l’erreur sur beaucoup de choses… donc les parcours que l’on joue qui n’ont pas été modifiées en longueur ou en dessin deviennent totalement obsolètes.

Mais le problème est que, du coup, on joue des parcours qui sont absolument injouables pour les amateurs. Le Royal & Ancient doit travailler là dessus… parce que le truc, c’est que le golf, c’est d’abord un jeu à handicap. Prenez un amateur de 18 de handicap, et faites-le jouer contre un pro qui est, on va dire, -4. Cela devrait faire 22 coups rendus pour l’amateur. Mais si vous le faites partir des back tees d’un parcours préparé pour le Tour, il va jouer 200 sur un par 72 ! A Carnoustie, par exemple, avec les fairways à 200m du départ et 1m de rough absolument partout, il pourrait taper son drive, perdre une balle, puis une autre, et ne jamais sortir du départ du 1 !

Donc, la notion de handicap se perd, et la différence entre les parcours de tournoi et les parcours jouables par les amateurs est trop importante. Au Portugal Masters, sur les deux premiers jours, il n’y a eu qu’une dizaine de joueurs au dessus du par et un cut à -5 ! Donc pour les pros, c’est la notion de “par” qui est perdue, sur des parcours qui ne sont pas préparés. Si tu ne joues pas -4, tu perds des places ! Ça devient complètement dingue ! Et si l’on modifie le parcours, il devient du coup trop difficile pour un amateur.

Toujours au sujet du matériel, quels sont tes rapports avec ton équipementier ?

Depuis le début de l’année, j’ai signé avec Titleist, et je suis assez content de mon matériel, car il est à la fois simple, efficace, et performant… il n’y a qu’à voir le nombre de joueurs qui en sont équipés sur le circuit, y compris les joueurs qui ne sont pas sous contrat. Et surtout, je peux profiter de la présence du camion de la marque toute la semaine sur le circuit : si j’ai un problème sur un club, il y a toujours quelqu’un pour le réparer. C’est très appréciable. Et c’est une marque qui est très complète, avec une gamme qui va du driver jusqu’au relève-pitch… et c’est très rassurant de savoir que je peux accéder à tout çà si j’en ai besoin !

Tout amateur de matériel qui se respecte (et souvent avec un index a deux chiffres !) rêve de jouer les lames les plus belles. Qu’est ce que tu lui dirait ?

A deux chiffres… je lui dirais d’abord qu’il faut qu’il change de crémerie ! Les lames, c’est jouable à partir de 10 d’index, voire un peu plus bas. Enfin… on peut se faire plaisir jusqu’au fer 8, fer 7, mais en dessous, il faut profiter de la technologie et aller vers la facilité, avec des clubs un peu plus larges, des hybrides ou plusieurs bois.

Quand je regarde les amateurs avec lesquels je joue en Pro-Am, pour la plupart ce n’est pas trop la direction des coups qui pose problème, mais plutôt leur régularité à obtenir une distance donnée : un joueur qui dit taper son fer 7 à 135m, sera plutôt dans une fourchette entre 100 et 140m … il faut que le green soit très profond pour recevoir sa balle ! C’est pour cela qu’il faut aller sur des clubs faciles à jouer, afin d’estomper ce genre d’irrégularité.

Tu as associé ton image à celle de Monsieurgolf.com afin de promouvoir le site, certes, mais aussi le golf en France. D’un point de vue du “business”, quelles actions faudrait-il à ton avis mener ? Comment comptes tu t’y impliquer ?

On est, je crois, dans la deuxième ère du développement en France. Dans les années 80, plein de golfs se sont construits, et plein de gens s’y sont mis. Et là, depuis dix, quinze ans, on a stagné, et çà n’a pas beaucoup bougé.

Pour le golfeur amateur, il faut que l’accès au golf deviennent plus facile, et pour celà, je crois qu’il serait bon que les prix tombent un peu plus bas… et que les équipementiers fassent aussi des efforts pour produire des clubs destinés au débutants avec des prix plus attractifs. Certaines choses existent, mais on peut encore mieux faire !

Et on est l’un des seuls pays au monde au le golf n’est pas près de la ville. On va trouver des golfs à 45mn, 1h en voiture de son lieu de travail ou de résidence, ce qui est un grosse perte de temps… et un frein au développement. Nous n’avons pas ce genre de practice à la japonaise, en plein ville, avec plusieurs étages et deux cent personnes qui tapent des balles. C’est un problème pour le golf en France, car cela ne permet pas de mettre des clubs dans les mains de n’importe qui. Le projet de la Fédération consistant à créer des pitch&putt ou des golfs compacts proches des centre-ville va dans ce sens, et je crois que ce serait un excellent moyen d’attirer de jeunes joueurs.

Et il faudrait aussi plus de parcours de haut niveau… Nous avons quelque beaux parcours, mais peu sont taillés pour la haute compétition, comme le Golf National ou le Golf des Bordes, ce qui complique l’apprentissage du haut niveau par de jeunes joueurs. Quand ils arrivent sur le circuit, ils sont catapultés sur des parcours très difficiles, et ils n’y sont pas habitués.

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  • Une règle de golf à modifier ou supprimer ?

La règle 28 concernant une balle injouable dans un bunker ! Je trouve anormal qu’on ne puisse pas se dropper en arrière et sortir du bunker. Il y a des parcours avec des bunkers profonds dont un amateur ne pourra jamais, jamais sortir. Et donc la notion de stroke-play, c’est à dire compter tout les coups que l’on joue ne peut plus s’appliquer, car notre pauvre joueur à un coup à jouer qui est impossible à réaliser pour lui.

  • Un matériel à interdire ?

Les têtes en métal sur les drivers ! On pourrait revenir aux Persimmon, non ? L’industrie du golf reprendrait un coup de fouet, et les parcours redeviendraient jouables par tous. Ça ferait gagner des millions à tout le monde ! (rires)

  • Un coup à rejouer dans ta carrière ?

Un des putts que j’ai loupé au British Open 2002, l’année ou je finis en playoffs. J’ai putté comme un « sagouin » toute la semaine, sauf le dernier jour, au j’ai rentré une fois 17m et une fois 15m, mais le reste de la semaine j’avais très mal putté alors que je jouais fabuleusement bien… alors ce serait un de ces putts ratés, qui aurait peut-être suffi…

  • Un joueur avec qui partager une partie, qu’il soit vivant ou mort ?

J’ai joué avec beaucoup de monde, mais j’aurais bien aimé partager une partie avec Sam Snead. Parce qu’il a gagné plus de tournois que n’importe qui, et qu’il m’aurait peut-être donné son secret !

Merci encore à Thomas pour ce moment passé en sa compagnie, et à Pierre R. qui m’a aidé à préparer cet entretien. A très bientôt pour de nouvelles interviews, et préparez-vous à une année 2012 pleine de nouvelles fraîches en direct du Tour !

A propos de Olivier DOAN

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