Kuchar, tueur-né ?

Par le 16 mai 2012
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“Un joueur d’une très grande régularité ». Pour nous amateurs, c’est un compliment, pour les pros c’est un qualificatif ingrat. Prenez Luke Donald l’année dernière qui a été obligé d’aller gagner un tournoi à Disneyworld pour prouver qu’il était meilleur golfeur que Keegan Bradley, et ainsi s’assurer du titre de meilleur joueur de l’année. Les Américains ont peut-être trouvé leur nouveau Donald en la personne de Matt Kuchar.

« Je ne suis pas le genre de joueur qui gagne et qui après rate dix cuts de suite » a trouvé le besoin de se justifier Matt Kuchar quelques heures après sa victoire au Players. Une régularité qui vaut le surnom officieux d’ATM (distributeur de billet). En effet depuis sa remontée du Nationwide en 2007, l’Américain totalise 37 Top 10 en 137 tournois soit un peu plus d’un Top 10 tous les trois départs…et « seulement » quatre victoires.

 

Le Players 2012 : Son 1er gros coup

 

C’est là que le bât blesse aux yeux de certains, surtout dans une ère post-Woods où les Majeurs sourient aux joueurs qui puttent bien pendant l’une des quatre semaines fatidiques. Depuis l’US Open 2008 remporté par Tiger, les quinze Majeurs ont connu quatorze vainqueurs différents. Le premier défaut de Kuchar est de ne pas avoir été de ceux-là.

Mais dimanche, l’Américain de 33 ans est peut-être passé dans une autre dimension. Son sourire accroché à son visage est peut-être devenu celui d’un « tueur » ? La question mérite d’être posée au sujet d’un joueur qui vient d’enchaîner une 3e place au Masters et victoire au Players.

 

Plus armé que Stricker ou Westwood?

 

Ne comptez bien sûr pas sur ce père modèle pour valider cette métamorphose : « Toutes les semaines, j’essaie de produire mon meilleur golf et si je gagne pas c’est que quelqu’un a été meilleur que moi ».

Un fatalisme désarmant dont Kooooch  pourrait bien se départir s’il continue sur les mêmes bases. Après avoir touché le fond en 2006 (il était descendu sur le Nationwide), Matt Kuchar s’est reconstruit un swing (avec Chris O’Connell) et un moral à toute épreuve. Un blindage psychologique propre à ceux qui reviennent fort après avoir touché le fond comme Lee Westwood ou Steve Stricker. Il cite même ce dernier comme sa référence : « Quand je le voyais de semaines en semaines jouer toujours aussi bien, ça me donnait envie d’être comme lui. Je sais que je ne peux pas jouer les coups que joue un Tiger Woods, c’est donc vers cette régularité que j’essaie de tendre à chaque tournoi ».

Stricker pourrait bien devenir un point de repère obsolète s’il maintient ce niveau de performance : 24e en adresse au drive, 16e en greens touchés. Du tee au green, Stricker souffre de la comparaison. Autour des greens, il commence à y avoir match entre les deux hommes.

Dans le Top 10 des meilleurs putters en 2009 et 2010 (26e en 2011), Kuchar semble avoir trouvé la bonne carburation sur les greens grâce à Dave Stockton. Ce belly putter coincé sur son avant-bras gauche pourrait bien lui offrir des victoires plus prestigieuses que le Players. C’est par exemple une arme qui fait toujours défaut à un joueur comme Lee Westwood, pourtant considéré comme le meilleur joueur en activité sans Majeurs.

 

Favori du prochain US Open ?

 

La réaction épidermique de la semaine dernière revenait à opposer Rickie Fowler et Rory McIlroy pour les dix prochaines années. Suivre le troupeau aujourd’hui consisterait à faire de Kuchar le favori pour le prochain US Open, pourquoi un tel emballement ?

1)       Son mental : Kuchar vient de gagner le Players en résistant à la pression, notamment de Rickie Fowler. Comme il l’explique « je (il) réagit très bien après un bogey, je suis là pour m’amuser mais je reste un compétiteur acharné, quel que soit le sport »

2)      Sa forme du moment : 3e au Masters, vainqueur du Players, 2e à la moyenne de score en 2012

3)      Sa technique : Du tee au green c’est une machine. Sur les greens, sa nouvelle technique de putting a fait merveille sur des parcours réputés comme Augusta ou au TPC Sawgrass. Certes il ne possède pas les trajectoires « au ciel » d’un McIlroy mais cela ne l’a pas handicapé dans les conditions très fermes du TPC Sawgrass.

4)      Il connaît les lieux : L’Olympic club de San Francisco est le parcours qui a placé Matt Kuchar sur la planète golf, c’était lors de l’US Open 1998. Le jeune Matt, qui avait fêté ses 20 ans lors du 4e tour, se classa 14e et meilleur amateur.

 

Enfin Kuchar n’a « que » 33 ans, l’âge du Christ mais aussi l’âge auquel Phil Mickelson a commencé à gagner des Majeurs et Jim Furyk à empiler les Top 10 des Majeurs. Le meilleur est peut-être à venir…

 

(Credits Photo : Getty Images)

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