Entretien avec Cassandra Kirkland

Par le 22 novembre 2011
email
Print Friendly and PDF

Cassandra Kirkland est une  joueuse professionelle du circuit européen (Ladies European Tour) depuis 2007. Elle fait partie du top 50 du ranking européen, et est actuellement en préparation pour les 2 derniers tournois de l’année 2011, l’open d’Inde du 9 au 11 Decembre, et Omega Dubaï Ladies Masters du 14 au 17 Décembre… et elle a gentiment accepté de nous accorder cette entrevue entre deux séances de gym !

L’Open de France féminin (Lacoste Ladies Open de France) a été pour toi une bonne perf (16ème), malgré deux tours au dessus du par. Quel est ton sentiment vis à vis de ce résultat ?

Je suis un peu déçue d’avoir terminé avec un tour au dessus du par. Je me sentais vraiment bien cette semaine et je sentais vraiment que je pouvais jouer la gagne sur le dernier tour. Malheureusement, ça ne se passe pas toujours comme on le souhaite… Ça fait un moment que je joue bien, donc je pense que c’est maintenant juste une question de patience et encore d’expérience d’être dans les dernières parties.

Racontes nous un peu ton premier round (64 soit -8), le meilleur round de ta carrière pro !

Oui, en effet, c’est le meilleur score de ma carrière pro ! Avant c’était -6. J’ai commencé par 3 birdies : ça m’a permis de me relâcher et en même temps de me donner confiance pour le reste du parcours. Je fais bogey au 6, un par 3. Le vent n’arrêtait pas de changer, j’ai eu du mal à choisir le club, et encore quand je l’ai choisi je n’étais pas très convaincue. Du coup, je n’ai pas tapé le club à fond, je suis restée courte du green. J’ai fait un chip pas trop mal, qui à roulé 2m derrière le trou et je n’ai pas rentré le putt. Je passe l’aller en -5, ce qui est assez courant sur ce parcours. Au retour, j’ai stagné à -5 pendant quelques trous. J’essayais de faire attention sur les premiers trous du retour, qui sont assez techniques, et les putts ne tombaient pas. Au final, j’ai réussi à enfoncer le clou, et je termine par un joli birdie au 18 pour faire -8. Je suis très heureuse d’avoir pu rendre une carte de 64.

Tu as dépassé ton total de gain 2010 alors que la saison n’est pas finie. Quel a été le déclic cet année ?

Je n’ai pas vraiment eu de gros déclic ! Je joue bien depuis l’été 2010, j’ai notamment joué la gagne à l’Open d’Inde 2010. Mon objectif était de bien commencer la saison en 2011, contrairement aux autres années où en général je commençais très doucement. J’étais leader après le premier jour avec -6 à l’ANZ RACV Ladies Masters (en Australie), puis je finis 11ème en Nouvelle Zélande. J’étais contente de moi, mon objectif était atteint. Grâce à celà j’ai réussi à marquer des points au ranking mais aussi à emmagasiner de la confiance pour le reste de la saison. Je continue à bien jouer, je ne rate pas beaucoup de cut.

Tu as changé de caddie récemment? En quoi cela a-t-il été positif pour ton jeu ?

Je n’ai pas de caddie attitré, donc je ne peux pas dire que j’ai récemment changé de caddie. Je prends soit un local, soit un ami pour me faire caddie. L’année dernière, j’avais Marco Simone (ancien joueur de foot, et entraîneur de l’ASM) à l’Open de France, et il a été incroyable. Il m’a beaucoup aidé psychologiquement, et je dois même dire que grâce à lui, j’ai retrouvé un bon mental. Il a un mental exceptionnel. J’aimerai qu’il puisse me faire caddie plus souvent, mais malheureusement pour moi (et heureusement pour lui !) il a été nommé entraîneur de l’équipe de foot de Monaco.

Penses-tu que la couverture médiatique du golf en France (et dans le monde) soit au niveau de la performance des joueuses ?

La couverture médiatique en France n’est pas du tout la même qu’aux Etats-Unis. Je dis cela par expérience : j’ai joué 4 ans aux Etats-Unis, et j’étais très sollicitée, alors que je ne jouais pas sur le circuit pro, juste dans une université américaine (Université d’Arizona, une des meilleures au niveau du golf). On parlait beaucoup de moi dans les journaux locaux de l’Arizona, mais aussi partout dans le pays. Les américains sont fanatiques, et aiment suivre le golf à tous les niveaux, que çe soit universitaire, ou sur les différents circuits professionnels. J’ai encore des fans des USA qui me suivent sur Twitter (@CassieKirkland) et sur ma fan page Facebook (Cassandra Kirkland), et me demandent de venir jouer sur le circuit américain.

Je savais qu’en rentrant en France, les retombées médiatiques ne seraient pas les mêmes que pendant mes années universitaires. Surtout que j’avais disparu de la circulation en France, car, quand je rentrais l’été, je voulais me reposer, et ne pas faire de gros tournois comme je le faisais toute l’année aux USA. Les retombées médiatiques sont tellement mauvaises en France que les gens ne savent même pas que je suis française ! Ils voient mon nom sur les leaderboard et pense que je suis scandinave ou autre, pourtant ça fait 5 ans que je suis sur le Tour…

Les golfs sur lesquels tu joues sur le Tour sont-ils comparables en termes de qualité et de difficulté à ceux que l’on peut rencontrer en France ?

Contrairement au circuit européen masculin, nous n’avons pas les mêmes conditions de greens toutes les semaines . Nous devons nous adapter à leur vitesse qui est en générale très différente de celle de la semaine précédente. C’est difficile de comparer la qualité et la difficulté des parcours que l’on joue sur le Ladies European Tour et ceux que je joue en France. En France les parcours sont très divers, on joue de tout, de longs parcours, des courts, des techniques… des parcours avec des greens très plats, d’autres très vallonnés, grand ou petits… Après la qualité des parcours dépend souvent si l’hiver à été difficile ou non, et de la météo le mois qui précède le tournoi. D’une année à l’autre, un parcours donné peut être d’une qualité complètement différente, on a du coup l’impression de ne pas jouer le même !

Après 5 ans de circuit, prends-tu toujours autant de plaisir à jouer ?

L’année la plus difficile est la première année. On doit apprendre à gérer de nouvelles choses. Depuis l’été 2010, je suis sur une pente ascendante, donc je dois admettre que je prends beaucoup de plaisir à jouer. C’est toujours plus agréable quand on se trouve dans une bonne phase golfique. J’adore mon métier, je suis jeune et je le vis à fond.

Quel est le compartiment de ton jeu sur lequel tu peux t’appuyer quand tu es sous pression ?

Sous pression tout peut arriver. Cependant, je me sens bien au driving et depuis quelques mois au putting. Je me suis rendu compte que mon putting est plutôt meilleur sous pression.

Ton top3 des parcours en Europe ? En France ?

C’est difficile de limiter mon choix à 3. J’adore les 2 parcours de Terre Blanche, le Riou et le Château, tous les deux très différents. Le Château est très long, avec des fairways larges, alors que le Riou est beaucoup plus court et beaucoup plus étroit. Sinon je suis fan du golf du Mont Agel (Monaco) avec ses vues sur tout Monaco et la mer. A toutes les heures de la journée le décor change. Je suis tombée sous le charme du golf de San Remo, il est petit et technique, et j’y ai trouvé les meilleurs greens de la région en hiver. Saint-Nom-la-Bretêche est un de mes parcours fétiche, j’ai grandi sur ce parcours. Beaucoup d’autres dans la région sont magnifiques ( Saint Germain, Chantilly, Morfontaine, Fontainebleau, Le Prieuré)

Parle nous un peu des Golfs Girls ! Comment cette idée de réponse aux Golf Boys du PGA Tour (Hunter Mahan, Ricky Fowler, Bubba Watson et Ben Crane) vous est venue ? Comment s’est passé le tournage ?

Cette idée nous est venue sur un coup de tête. Nous étions toutes les quatre à table, pendant l’Open de Suisse. La vidéo des Golf Boys venait de sortir sur le net. Nous l’avons visionnée et de là nous avons toutes eu la même idée : leur faire une réponse. Ce fût très rapide, dès le mercredi soir nous avions une équipe pour tourner, une maquilleuse et une styliste. Nous sommes toutes remontées à Paris le dimanche soir et lundi matin nous avions rendez-vous à Saint-Nom-la-Bretêche pour tourner les scènes exterieures. L’après-midi, nous avons fait les scènes studio dans les bureau de l’Equipe. Le tournage à été très long ( 7h du matin jusqu’à minuit), mais nous avons beaucoup rigolé !

Tu imites Hunter Mahan, tu penses avoir des similitudes avec lui au niveau golfique ? Tu n’as pas eu peur d’attraper le “syndrome de la gratte” ?

Hahaha ! En effet, j’imite Hunter Mahan dans la vidéo. C’est un rôle qui m’a été donné par l’équipe de tournage, par rapport au costume je pense, et non par rapport à mes qualités ou défauts golfiques ! Je ne savais pas qu’il faisait des grattes 😉

Si le golf n’existait pas, qu’aurais-tu fait dans la vie ?

Pendant très longtemps, mon rêve était d’être vétérinaire. J’ai toujours aimé les bêtes surtout les chiens ! Sinon, j’ai fait beaucoup de danse quand j’étais jeune, et ça ne m’aurait pas déplu de danser derrière de grands chanteurs… d’ailleurs, depuis quelque temps, je me dis que j’aimerai bien reprendre la danse, pendant mes période « off » !

On t’offre un mulligan, et donc la possibilité de rejouer un coup dans ta carrière, lequel choisirais-tu ?

Je pense que je referai mon 3ème coup au 18, au PIGC à l’open de France, en 2010. Au départ du 18, j’étais dans le top 5. Je mets mon drive dans le bunker à gauche. Je n’étais pas bien placée, donc je me recentre, et de là j’ai un coup de fer 6 pour le drapeau. Je tape un assez bon coup qui n’arrive pas au green et tombe dans l’eau. A 10 centimètres près elle était parfaite. A ce jour, avec mon caddie Marco Simone (caddie pendant l’open de France 2010), on ne comprend pas comment la balle est allée dans l’eau. On se demande si je ne me serai trompée sur le yardage… Après avoir tapé ce coup dans l’eau, j’ai un peu perdu mes moyens, et je fais quadruple sur le trou pour finir à la 16ème place. Aujourd’hui, je pense encore à ce coup, et j’en rigole encore avec Marco (… mais sur le coup je ne rigolais pas du tout !). Quand j’ai rejoué le même parcours cette année, j’ai toujours pris un club de plus. Il me semble que j’ai fait 2 birdie, 1 eagle et un par pendant les quatre jours, sur ce trou.

Si tu avais la possibilité de changer une règle de golf, laquelle serait-ce ?

J’en changerai quelques unes. Je trouve dommage que lorsqu’il y a beaucoup de vent et que l’on est sur le green, il faille faire attention de ne pas poser son putter au sol à l’adresse, car si la balle bouge lorsque l’on est à l’adresse avec le putter posé au sol, on prend un point de pénalité, et il me semble qu’il faut replacer la balle (effectivement, il faut replacer la balle, règle 18-2B, NDLR). On sait pertinemment que c’est le vent qui à fait bougé la balle et non nous. Mais d’autres règles me gênent.

Quel parcours est pour toi le plus éprouvant (émotionnellement, tactiquement) ?

Je viens de le jouer : il Picciolo en Sicile. Un parcours particulièrement technique et très fatiguant aussi bien mentalement que physiquement. Un parcours où je ne peux pas m’exprimer, pas très « loyal » car on peut se retrouver dans une position injouable malgré un très bon coup. De plus, nous l’avions joué dans des conditions extrêmes, et je peux vous dire que j’étais lessivée à la fin de mon parcours.

Ton enfant décide de devenir joueur professionnel. Quel conseil lui donnerais-tu ?

J’adore le sport. Je viens d’une famille de sportifs. Mon père à fait beaucoup de sport à haut niveau, jamais pro, mais il aurait certainement pu. Mon frère était joueur professionnel de golf pendant 3 ans. Mon oncle était pilote de Formule 1, un cousin pilote d’indycar, et d’autres pilotent aussi. Ma mère nous à toujours poussé à faire du sport. J’ai fait 10 ans de danse, du ski, de l’équitation, et aujourd’hui je touche un peu à tout, à part les sports extrêmes qui me font peur par rapport à ma carrière professionnelle. Je pousserai mon enfant à faire du sport, à en comprendre les bienfaits, et à avoir un esprit de sportif, de combattant. Après ça sera son choix de devenir joueur professionnel ou non. Mais je lui ferai comprendre les difficultés et les contraintes. Ce qui m’importera c’est que mon enfant soit heureux quoiqu’il fasse.

Tu vois régulièrement des amateurs en Pro AM. Quel serait le meilleur conseil que tu pourrais nous donner :

  • Sur l’entraînement : Les amateurs ont moins de temps que nous pour s’entraîner donc se focaliser sur la qualité et non la quantité
  • Sur la gestion du parcours : Viser le fairway, puis le green !
  • Sur la gestion du mental et des émotions : Rester calme, ne pas s’énerver, et ne pas chercher le coup parfait.

Interview « Si tu devais choisir un joueur (ou une joueuse) de golf … »

  • Avec qui partager une partie ?

Erica Blasberg ma meilleure amie qui n’est plus de notre monde. Une autre partie avec Marco Simone, car il n’a plus le temps de jouer, et j’adore les conseils qu’il me donne quand on joue ensemble, j’apprends beaucoup. Et aussi une autre partie avec Tiger Woods.

  • Pour te négocier 10% de réduction au pro-shop local ?

Mélodie Bourdy !

  • Pour faire du tourisme dans une destination inconnue ?

Franck Montagny

  • Pour te raconter une bonne blague ?

Tomas Scheckter, il est très drôle. Dès que tu dis quelque chose, il en fait une blague.

  • Pour être au courant des dernières anecdotes croustillantes du Tour ?

Il y en a beaucoup 😉 Et tout le monde s’intéresse aux dernières anecdotes croustillantes !

Et pour finir… Si tu as un petit mot à ajouter … c’est maintenant !

Je voudrai remercier toutes les personnes qui me soutiennent. Ma famille, mes amis, mes sponsors et fans… ils se reconnaîtront. Je voudrai aussi remercier mon entraîneur Alan White (enseigant à l’hippodrome de Saint Cloud) qui m’a formée et qui m’a toujours soutenue, dans les bons comme les mauvais moments. Même quand j’ai changé d’entraîneur, et que finalement je voulais revenir vers lui, il m’a toujours accueillie avec les bras grands ouverts et sans rancune. Il a toujours cru en moi. C’est un professeur incroyable, il connait le swing sur le bout des doigts. Il se renseigne sur les avancées techniques, suit des séminaires de grands enseignants. Il suffit que je l’appelle en lui disant la trajectoire de mes balles pour qu’il me remettent en swing. Merci à tous !

Merci à Cassandra pour sa disponibilité, et pour avoir pris le temps de répondre à nos questions… toute l’équipe de MonsieurGolf lui souhaite plein de réussite pour la fin de sa saison 2011, ainsi que pour sa saison 2012 !

A propos de Olivier DOAN

5 Commentaires

  1. Pingback: LET : La première pour Cassandra Kirkland !! | le blog de monsieurgolf

vos réactions nous intéressent, laissez-nous un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.