Rétro Majeurs 2011 – Masters : McIlroy apprend, Schwartzel gagne

Par le 29 décembre 2011
email
Print Friendly and PDF

La défaillance de McIlroy, la vague Australienne, les rugissements du Tigre, la surprise Schwartzel, à tous les étages, ce Masters 2011 reste comme l’un des plus beaux crus de ces dernières années.
Le premier vainqueur de cette semaine est Luke Donald. Vainqueur du concours de par 3, celui qui écrasera par la suite cette année 2011 confirme la malédiction qui veut le vainqueur du « par 3 contest » n’endosse pas la veste verte le dimanche. La suite du scénario aurait elle difficilement pu être imaginée.

 

Le récital McIlroy

 

Troisième des deux Majeurs précédents, McIlroy fait bien sûr parti des favoris de cette 75e édition du Masters. Signe du destin ou pas, c’est un Sud-Africain qui s’illustre en premier. Retief Goosen, double vainqueur de l’US Open (2001, 2004) rentre son approche depuis le fairway du 1. Cela faisait vingt-quatre ans que personne n’a fait eagle sur le quatrième trou le plus dur du parcours. Goosen, premier outsider à sortir du bois est à -4 après les quatre premiers trous. Mais tous les petits coups d’éclats enregistrés aux quatre coins de l’Augusta National sont vite éclipsés par la démonstration de Rory McIlroy qui partage sa première journée avec Jason Day et Rickie Fowler. Moins d’un an après avoir joué 63 lors du 1er tour au British à St. Andrews, le Nord-Irlandais rend une première carte sans faute avec sept birdies à la clé. Une carte de 65 (-7) à seulement deux coups de la carte la plus basse du Masters (Nick Price en 86 et Greg Norman en 96). Des sommets qui donnent parfois le vertige. En effet, sur les vingt dernières éditions, onze joueurs ont déjà occupé la tête le premier jour grâce à une première carte de 66 ou moins, aucun n’a réussi à aller au bout. Les lendemains d’exploit difficiles Rory les connaît, lui qui avait joué 80 après son 63 à St. Andrews l’année dernière. Tiger Woods rentre lui bien dans le tournoi avec une carte de 71, un coup derrière Greg Havret, auteur d’une superbe première journée avec notamment un retour joué en 33. Le Rochelais rend la même carte de 70 que le tenant du titre Phil Mickelson. La grosse déception de cette première journée vient du n°1 mondial Martin Kaymer. Avec une carte de 78, l’Allemand montre une nouvelle fois que le fade n’a pas sa place à Augusta. Alors qu’il n’a jamais passé le cut ici, Alvaro Quiros égale la marque de McIlroy (65) et crée l’autre sensation de la journée.

 

Bataille de génération

Rory McIlroy (21 ans) aux côtés de Rickie Fowler (22 ans). Les deux jeunes joueurs partagent leur partie avec Jason Day (23 ans). L'Australien passe presque inaperçu à l'applaudimètre, ce qui déclara t-il après coup "l'a encore plus motivé"

 

Si l’Espagnol ne tient pas le rythme dans cette deuxième journée (73), d’autres joueurs et pas des moindres se chargent de venir titiller McIlroy. Le Nord-Irlandais, auteur d’une nouvelle carte très solide (69) voit briller dans son rétro les étoiles américaines. Parmi elles bien sûr Tiger Woods, auteur de la deuxième meilleure carte du jour, avec 66 coups joués dont 26 putts, ça aide. L’ex-n°1 mondial est idéalement placé à -7 pour enfiler ce qui pourrait être son cinquième succès ici. A 51 ans, Fred Couples a peut-être moins de vestes vertes dans son armoire mais au moins il serre plus de mains sur un parcours. Une popularité que Freddie, vainqueur à Augusta en 1992, a encore pu vérifier durant les deux premiers tours parfaitement maîtrisés. Avec 11 Top 10 en carrière au Masters (dont une 6e place l’année dernière), et avec « seulement » cinq coups de retard sur McIlroy, l’Américain est bien placé avant le « moving day ». Une victoire ici et Couples pulvériserait le record du plus vieux vainqueur à Augusta qui appartient à Jack Nicklaus (46 ans et 2 mois en 1986). Des projets que ne souhaitent pas aboutir une nouvelle génération bien représentée en haut du leaderboard. Jason Day, 22 ans, signe un 64 de feu, du jamais vu pour un joueur qui dispute son premier Masters. L’Australien n’a que trois coups de retard sur McIlroy, 21 ans. Quiros, 28 ans, a vacillé durant ce 2e tour mais est toujours à l’affût à quatre unités. Rickie Fowler, qui dispute lui aussi son premier Masters à 22 ans n’est qu’à cinq coups du prodige Nord-Irlandais.

 

« Rors » garde le rythme

 

« J’ai regardé le leaderboard et tout ceux qui sont derrière moi, je les ai déjà battus, donc il n’y a pas de raison que je ne le fasse pas ce week-end ». C’est avec l’assurance d’un vieux briscard que le Nord-Irlandais attaque ce qui pourrait être un week-end historique. Depuis Ray Floyd en 1976, aucun joueur n’a réussi à s’imposer en menant le tournoi de bout en bout. Quand au record de précocité de Woods, Rory ne pourra que l’effleurer. En effet, le Tigre avait 21 ans et 3 mois lors de son succès en 1997 tandis que McIlroy s’apprête à fêter son 22e anniversaire dans quelques semaines. Un record préservé, voilà qui pourrait faire office de lot de consolation pour Woods. L’Américain rend une carte de 74 (dont 33 putts), surprenant pour celui qui a l’habitude de sortir ses griffes le samedi à Augusta. Depuis 1997, c’est seulement la deuxième fois qu’il joue au-dessus du par lors d’un 3e tour. Un « moving day » où son score moyen à Augusta était de 69 avant ce samedi, encore un signe que le Woods 3.0 est en rodage. Si Woods semble avoir un cœur de pierre, on ne peut pas en dire autant de Hideki Matsuyama. Seul amateur à avoir franchi le cut, le Japonais de 19 ans s’est montré très ému en conférence de presse au moment de dédié son 68 du jour à ses compatriotes victimes du tsunami le mois dernier. McIlroy a lui montré sa première émotion de la semaine après un birdie improbable sur le 17. Un putt de 10 mètres salué par une foule en délire, des cris si bruyants qui ont obligé Woods à reprendre sa routine sur le green du 18. Certains y voient une passation de pouvoir, les plus pragmatiques n’y voient que la prolongation du boulevard qui s’ouvre devant McIlroy. Un scénario que l’on n’a plus vu depuis les neuf coups d’avance du Tigre au soir du 3e tour en 1997. Dans l’histoire d’Augusta, treize joueurs ont jouit d’une telle avance avant le dernier jour et seuls trois ont laissé leur destin : Greg Norman en 1996 alors qu’il avait six coups d’avance (victoire de Faldo) ; Ed Sneed avait lui cinq coups d’avance en 1979 (victoire de Fuzzy Zoeller) et enfin Ken Vuturi en 1956 dilapida son avance de quatre coups au profit de Jack Burke Jr.

Hideki Matsuyama, seul amateur à passer le cut réalise un 68 le samedi. Il terminera à la 27e place (-1), deux coups derrière son compatriote Ryo Ishikawa. Les deux joueurs dédieront leur performance au peuple japonais victime du Tsunami quelques semaines plus tôt.

 

McIlroy s’écroule, Schwartzel triomphe

Malgré quatre coups d'avance le dimanche matin, Rory McIlroy rend une dernière carte de 80 et rejoint Greg Norman dans la légende des joueurs broyés par la pression d'une victoire à Augusta

 

L’édifice McIlroy commence à se craqueler dès le 1er trou avec un bogey. Mais si ce Masters ne ressemble à aucun autre, c’est que les acteurs jouent parfaitement leur partition. L’imposant Cabrera, double-vainqueur de Majeurs, est peut-être le dernier joueur dont on aimerait partager la partie, à commencer par le jeune Rory qui, à 21 ans est sur le point de remporter son 1er Majeur.  Pourtant il est là et « Rors » doit s’accommoder des grognements d’ « El Pato » dont la veste verte glanée en 2009 doit être la plus large jamais taillée pour un vainqueur. McIlroy doit aussi composer avec une foule électrisée par le rush de Tiger Woods, auteur sur le 8 d’un des plus beaux coups de la semaine. Le Tigre atomise l’aller en 31 à un coup du record de l’Augusta National. L’ex-numéro mondial refait en neuf trous le retard de sept coups qu’il avait sur le Nord-Irlandais et revient à sa hauteur en compagnie de Charl Schwartzel. Le Sud-Africain campe le rôle de l’outsider à qui tout réussi (birdie et eagle sur ses trois premiers trous). Enfin, il y a JP son caddey, fidèle parmi les fidèles. C’est avec cet homme à son sac depuis trois ans que Rory est passé de la 200e place mondiale au rang de potentiel vainqueur du Masters. Pourtant JP Fitzgerald ne moufte pas lorsque Rory décide de prendre le driver sur l’exigeant par 4 du 10. Un choix en ligne par rapport aux trois premiers tours, mais c’est bien la seule ligne que le Nord-Irlandais tient sur ce trou. Un drive expédié à gauche, à un endroit que les caméras n’ont probablement jamais filmées. En tête d’un coup avant ce trou le Nord-Irlandais en ressort avec un triple bogey. Un retour en 43 et une carte finale de 80 font entrer McIlroy dans la légende d’Augusta. Pas aux côtés de Woods dans la colonne des plus jeunes vainqueurs mais aux côtés de Greg Norman dans la rubrique nécrologique du 4e tour. A ce moment de la partie, ils sont presque une dizaine de joueurs à venir se disputer le titre : Tiger Woods, Bo Van Pelt, Luke Donald, Charl Schwartzel ou encore les aussies Geoff Ogilvy, Adam Scott et Jason Day. Une armada australienne bien décidée à donner à leur pays une première veste verte. A ce jeu de massacre, Charl Schwartzel est celui qui défie la faucille avec le plus de brio. Quatre birdies pour finir, du jamais vu. Le Sud-Africain rend la meilleure carte du jour (66) en enfile la veste verte pour sa deuxième apparition seulement à Augusta. En conférence de presse, veste verte sur les épaules, le vainqueur n’oublie pas de remercier Jack Nicklaus. Le Golden Bear six fois victorieux à Augusta (record) lui avait donné un cours magistral sur les pièges du parcours un an auparavant lors du Pro-Am organisé par Ernie Els. Avec un prof comme ça, c’est plus facile d’entrer dans la légende…

A propos de Monsieurgolf

vos réactions nous intéressent, laissez-nous un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.